Florence Bourgat, philosopher, Director de Recherches à l’INRA, publication “Les animaux ont-ils des droits? (La documentation française, 2022). Dans cet ouvrage elle revient sur le décalage abyssal qui existe entre le sort réel fait aux animaux, l’indiscutable constat de leur sensibilité et l’incohérence de leur protection par le droit. Elle livre à 30millionsdamis.fr un entretien sans détours.

Êtes-vous à l’initiative de cet ouvrage?

Il s’agit d’une commande : the director of the collection contacted me pour me demander d’écrire un petit volume dans la collection “doc en poche”, série “place au débat, éditée par la documentation française”. C’est un peu particulier, car la maison d’édition est gérée par une direction d’administration centrale [la DILA, NDLR] qui relève des services du Premier ministre. Ça a donc été beaucoup relu. Pour autant, toute la trame est de moi, et rien de ce qui concerne la condition animale n’a été jugé comme devant être caché. En revanche, il n’y est pas forcément apprècis que l’auteur développe un point de vue trop personnel. Par exemple, dans le sectione sur les différences entre welfarisme et abolitionnisme [deux courants majeurs du militantisme pour les droits des animaux, NDLR] il a fallu que je limite mes point de vue. Cela dit c’est bien sûr moi qui ait conduct les analyzes presentes dans l’ouvrage, et choisi les références.

Quelle a été votre démarche?

Ce qu’il m’a semblé important de montrer dans ce livre, c’est que contrairement à une idée qui circule, la condition animale ne s’améliore pas : elle s’aggrave. Cela me paraissait d’autant plus essentiel qu’il ya dans le débat public une inflation of certain terms, purely rhetorical, whose use is evidently destined to mask the reality of the animal condition: “bien-être animal”, or ” éthique”, termes accolés à toutes les pratiques douloureuses et létales. Sans oublier les slogans publicitaires qui en viennent à donner aux gens l’impression que les animaux seraint presque partie pretentent de leur exploitation.

L’humanité n’a jamais autant tué d’animaux qu’aujourd’hui.

Pour n’évoquer qu’un exemple, le cochon en carton qui, tout sourire, fait la list des produits de la charcuterie. Tout cela conduit à penser qu’en tous cas les choses s’améliorent. Or, l’humanité n’a jamais autant tué d’animaux qu’aujourd’hui, et la condition animale en général se dégrade au fil des siècles. Certes, la législation évolue, certes, certaines choses ont disparu. But with the development of sciences and techniques, the field of exploitation of animals has increased considerably. J’ai jugé qu’il était important, dans cet ouvrage de beginner par cet état de fait.

Vous demunetez dans cette publication qu’en dépit du nombre d’animaux exploitedés, qui est vertiginéux, et le constat evident de la sensibilité animale, le droit ne parvient pas à les protecter efficaciously. Comment expliquez-vous cela ?

Because the Législateur ne le veut pas. En effet le droit, c’est-à-dire le Législateur, maintient en l’état le cadre fundamental de l’exploitation animale. Les animaux demeurent soumis au régime des choses appropriables et destructibles : des biens. Toutes les Législations protectrices vont par consequent s’insérer dans ce cadre-là. Or il rend possible toutes les aggressions imaginables, qui vont de la captivité et des mutilations à la mise à mort, alors même qu’elles ne sont pas nécessaires (that is, qu’elles ne sont pas liéades à la survie , qui rend l’agression légitime, y compris dans le cadre des droits humaans). Le contexte législatif global, c’est que almost toutes les cruautés sont permises, notably pour de la pure distraction: corridas, cirques, chasse de loisir (c’est à dire virtually toute la chasse actuellement pratiquée), animaux maintenus captives pour qu’on puisse les voir, comme si c’était là un droit de l’homme qui se payait au prix d’une vie brisée, car un animal captif est un animal brisé… all cela est pleinemente admis par le cadre régislatif. Il s’ensuit que la protection des animaux par le droit est forcément paradoxale, voire absurde, puisqu’elle doit s’insérer dans un contexte plus large qui va à son encontre.

Donc d’une certaine façon, le droit est absurde et paradoxal en la matière?

Le législateur encadre les usages, mais dans un paradigme de permissivité radicale puisqu’il institue les animaux comme “bons à tuer”. The construction of legal categories responds to an absurd logic, du point de vue de la réalité des choses : un chat domestique est protégé y compris contre son propriétaire, parce que la fonction de cet animal est la ” compagnie”, qu’un lien d’affection est eventually reconnu entre l’homme et son animal; mais un animal sauvage est, sauf à relever d’une espèce protégée, exclu de toute forme de protection individuelle, parce qu’il est dans une autre catégorie. En bref, c’est la destination d’un animal qui determine son degré de protection et non ce qu’il est en lui-même; because, tout le monde en conviendra, un mammal sauvage est autant sensible qu’un mammal domestique.

Le Législateur institue les animaux comme “bons à tuer”

A real example. Il est possible de pursuer l’ouvrier d’abattoir qui aura martyrisé une brebis pour la pusher vers le poste d’abattage, car il aurait pu et dû faire autrement, mais non de pursuer celui qui lui aura tranché la throat puisque la destination de cet animal est la boucherie. L’acte consistant à lui trancher la gorge est licite, car nécessaire à la finalité de la butcherie qui n’est pas remise en question. En substance, on peut tuer, mais pas torturer; encore que cela ne soit pas vrai de plusieurs activités, ce qui d’ailleurs n’est encore qu’affaire de categories : dans le cadre d’un protocole experimental, si par exemple on doit étudier la douleur, on peut torturer un animal sans tomber sous le coup de loi. C’est comme si le caractère sensible et vivant n’avait aucune espèce d’effet.

Dans votre conclusion, vous semblez attributer une part de responsabilité à la “normativité propre du droit” quant au sort des animaux: que voulez-vous dire par là?

Je veux dire par là que ce que le droit rend licite reveite, qu’on le veuille ou non, une sorte de légitimité morale à nos yeux: “puisque telle thinge est licite, c’est qu’elle n’est pas mauvaise en soybeans » C’est ainsi que la normativité juridique nous empêche d’exercer notre jugement, nous empêche de penser par nous-mêmes. La Loi, c’est un peu la “loi du père”, celle qui dit à l’enfant ce qu’il doit faire et ne pas faire, sans que celui-ci puisse en comprendre les raisons ou soit en mesure de contester certaines elections. Avant même que nous puissances réfléchir en conscience, nous arrivons dans un monde où tuer et manger, enfermer et mutiler les animaux est une thing normale. This licéité has a determining influence on collective representations; nous ne savons plus ce qui est moralement ou non acceptable. D’ailleurs, universellement les animaux sont de fait traités comme des choses.

D’où une forme d’ambiguïté?

La normativité du droit a des effets dans le réel : ce que le Législateur édicte, s’applique. Alors qu’un philosophe qui élabore une thèse pour dire que les animaux sont des choses, cela participe d’une discussion, d’une controversy, etc. mais n’a pas d’effets directs dans le réel. Ce grand cadre n’étant pas remis en question, cela permet au Législateur de dire que les animaux sont vivants et sensibles, tout en leur appliquant par défaut le régime des choses. C’est très perturbant : d’une main le droit qualifies les animaux d’être vivants et sensibles, de l’autre il dit qu’ils seront traitét comme des choses tant que des lois ne viendront pas dire le contraire. The paradox inherent in animal rights is that the Legislator acknowledges to animals non seulement the experience of pain, but also of suffering, distress, anguish, the feeling of durable damage — psychological dispositions that figure, for example , in accordance with the 2010 European Directive on animal experiments.

As for animals, ce sont toujours les intérêts des industries qui l’importent.

Il faudrait que le Législateur prenne pleineme acte du fait que les animaux sont sensibles, qu’ils resentent ce qui leur arrive, qu’ils vivent leur vie à la première personne. Mais différentes forces en présence, des lobbies etc. s’opponent évidence à une telle prize en compte. As for animals, ce sont toujours les intérêts des industries qui l’importent.

Votre ouvrage offers quelques textes enfraud, dont des textes littéraires. Which part of the culture, and in particular the literature, peut-elle prendre dans la lutte pour les droits des animaux?

Souvent les grands écrivains nous permettent de comprendre certaines situés, mieux que des descriptions chiffrées. Par exemple, Colette sur la captivité, ou le texte de Genevoix sur les animaux sauvages infirmes, ou Maupassant sur la chasse [cités dans l’ouvrage, NDLR]. La littérature seule ne peut evidently pas tout, mais un texte peut bouleverser. A la diversité des sensibilities doivent réponder divers moyens d’expression qui, peu à peu, parviendront à changer le consider sur les animaux, et la culture a evidentement toute sa place.